Déclaration des activités suspectes · Leçon 3 sur 5
Gels, demandes des autorités et recouvrement des actifs
10 min de lecture
Après un vol, une attaque par rançongiciel ou une fraude de grande ampleur, les crypto-actifs volés peuvent passer par plusieurs chaînes et services en quelques heures. Les moments où ils transitent par un prestataire réglementé sont les principales occasions de les arrêter. Un PSAV qui traite correctement les demandes et les gels contribue à restituer les fonds aux victimes ; un PSAV qui les traite mal laisse les fonds s’échapper ou gèle les actifs de clients sans fondement valable. Cette leçon porte sur les aspects opérationnels : demandes, blocages, gels par les émetteurs, transferts d’actifs saisis et coopération.
Types de demandes
Les autorités contactent les PSAV par différents canaux, chacun reposant sur une base juridique et un degré d’urgence différents. Les détails varient d’un pays à l’autre, mais les catégories sont courantes.
| Demande | Objectif habituel | Principaux points de traitement |
|---|---|---|
| Demande d’informations complémentaires d’une cellule de renseignement financier (CRF) | Suivi d’une déclaration ou analyse de la déclaration d’une autre entreprise | La recommandation 29 du GAFI permet à la CRF d’obtenir des informations complémentaires auprès des entités déclarantes ; délai généralement fixé ; confidentialité |
| Ordonnance de communication de pièces ou demande d’informations | Dossiers clients, historique des transactions, adresses IP et données des appareils dans le cadre d’une enquête | Vérifier la base juridique, la portée et l’autorité émettrice ; ne fournir que ce qui est demandé |
| Demande de conservation | Conserver des dossiers qui pourraient autrement être supprimés, dans l’attente d’une ordonnance officielle | Appliquer une mesure de conservation juridique ; préserver les données avant l’arrivée de l’ordonnance officielle |
| Ordonnance de gel, de restriction ou de saisie | Empêcher le transfert d’actifs identifiés ou les transférer aux autorités | Agir immédiatement après vérification ; consigner les soldes et l’heure de l’action |
| Demande de communication d’informations en urgence | Menace imminente contre la vie ou risque de préjudice grave | Portée limitée, traitement rapide et documenté ; la procédure officielle suit |
| Demande étrangère | Une autorité étrangère demande des données ou un gel | Doit généralement passer par les canaux nationaux, tels que l’entraide judiciaire ou la CRF locale |
Chaque demande suit les mêmes étapes : l’enregistrer, la vérifier, l’examiner sur le plan juridique, agir dans les limites de sa portée, consigner les mesures prises et respecter toute obligation de non-divulgation. Les demandes sont confidentielles, tout comme les déclarations ; le client n’en est pas informé, sauf si la loi et l’autorité le permettent.
La vérification mérite une attention particulière. Des criminels envoient de fausses « demandes de police » et de faux jugements pour obtenir des données clients ou faire geler le compte d’un concurrent. Vérifiez la demande au moyen d’un canal trouvé indépendamment par l’entreprise (coordonnées publiées de l’autorité, interlocuteur connu, portail sécurisé), et jamais uniquement à l’aide des coordonnées figurant dans la demande elle-même.
{
"request_id": "LER-2026-0381",
"received": "2026-10-14T08:22:00Z",
"type": "freeze_order",
"issuer": "competent authority, Country B",
"verified_via": "call-back to published switchboard, officer ID confirmed",
"legal_review": "in scope; domestic recognition confirmed",
"assets": [{"customer_id": "C-77310", "asset": "USDC", "amount": "48,215.00"}],
"action": "account frozen 2026-10-14T09:05:00Z; balances recorded",
"non_disclosure": true,
"related_str": "STR-2026-1172"
}
L’entrée du registre consigne la date et l’heure de réception de la demande, la manière dont son authenticité a été confirmée, l’avis juridique, les actifs concernés avec précision et le moment où la mesure a pris effet. Le lien avec une déclaration connexe facilite les examens ultérieurs et les informations de gestion.
Gels volontaires et blocages
Tous les gels ne commencent pas par une ordonnance. Un PSAV peut être informé de fonds volés par une victime, une autre plateforme d’échange, une alerte sectorielle ou son propre système de surveillance, souvent avant toute intervention des autorités. La possibilité pour l’entreprise de bloquer les fonds dépend du droit national et de ses conditions générales, qui autorisent généralement la suspension des opérations pendant un examen de conformité. Certaines autorités peuvent également suspendre elles-mêmes des transactions : en octobre 2023, les révisions du GAFI concernant les normes de recouvrement des actifs ont ajouté le pouvoir des autorités compétentes de suspendre les transactions liées au blanchiment de capitaux, au financement du terrorisme et aux infractions graves, et ont rendu obligatoire la confiscation sans condamnation pénale préalable.
Un blocage volontaire est une décision fondée sur le risque qui doit être documentée.
| Situation | Mesure habituelle |
|---|---|
| Alerte crédible concernant un vol ; dépôt directement retracé depuis l’adresse du vol | Bloquer le montant déposé, enquêter, faire une déclaration à la CRF et contacter les autorités |
| Réclamation d’une victime accompagnée de preuves de transaction ; fonds retracés à travers plusieurs étapes | Bloquer les fonds dans l’attente d’un examen si le traçage est solide ; demander à la victime de signaler les faits à la police ; faire une déclaration si des soupçons sont formés |
| Réclamation non vérifiée, traçage faible ou ancien | Ne pas geler les fonds ; signaler le compte pour surveillance et consigner la réclamation |
| Fonds provenant d’une adresse désignée | Procédure de sanctions : geler les fonds et faire une déclaration selon les exigences du régime applicable |
Les blocages doivent être proportionnés (limités au montant retracé, et non à l’ensemble du compte si cela peut être évité), limités dans le temps et réexaminés. Un blocage qui devient indéfini sans intervention d’aucune autorité expose l’entreprise à des réclamations et à des litiges. Il soulève également des questions de divulgation illicite, puisque le client s’en apercevra ; le personnel emploie une formulation neutre.
Gels par les émetteurs de stablecoins
De nombreux contrats de stablecoins adossés à une monnaie fiduciaire comportent des fonctions administratives qui permettent à l’émetteur de bloquer une adresse afin qu’elle ne puisse pas transférer de jetons et, dans certains cas, de les détruire puis de les réémettre. Le rapport ciblé du GAFI sur les stablecoins et les portefeuilles non hébergés (3 mars 2026) indiquait que certaines juridictions exigent des émetteurs qu’ils intègrent de tels contrôles programmables, notamment des gels et des listes de blocage, afin qu’ils puissent intervenir sur le marché secondaire.
Pour un PSAV, les gels effectués par les émetteurs sont importants à deux égards :
- Lorsque les fonds se trouvent hors du PSAV. Si des stablecoins volés se trouvent dans un portefeuille non hébergé, seul l’émetteur peut les bloquer. Le PSAV peut contribuer utilement en transmettant rapidement aux autorités des informations précises : le contrat du jeton, la chaîne, les adresses et les identifiants de transaction (txid), ainsi que le traçage. Les émetteurs agissent généralement à la demande des autorités chargées de l’application de la loi et conformément à leurs propres politiques.
- Lorsque le PSAV détient des jetons à une adresse bloquée. Le portefeuille de l’entreprise peut lui-même être touché par un gel de l’émetteur, par exemple si une adresse de dépôt a reçu des fonds volés. Les équipes de trésorerie et de conformité doivent disposer d’une procédure pour identifier les soldes et les clients concernés.
Les limites sont bien réelles. Tous les jetons ne peuvent pas être gelés ; les criminels échangent rapidement les stablecoins contre des actifs natifs ou des monnaies axées sur la confidentialité ; et le gel par un émetteur bloque les jetons sans les restituer à qui que ce soit. Leur recouvrement nécessite toujours une procédure juridique.
Coopération en matière de saisie
Lorsqu’une autorité ordonne le transfert des actifs saisis, le PSAV déplace de la valeur sur la chaîne ; le processus exige donc la même rigueur que toute opération de trésorerie. Le guide du GAFI intitulé Orientations et bonnes pratiques en matière de recouvrement des actifs (novembre 2025) considère le recouvrement à partir de portefeuilles détenus par des plateformes d’échange comme l’une des principales voies de saisie des actifs virtuels, aux côtés de l’obtention des clés privées et des gels par les émetteurs, et souligne l’importance d’agir rapidement et d’assurer une conservation sécurisée une fois les actifs saisis. Une procédure fiable comprend les étapes suivantes :
- Vérifier l’ordonnance et l’adresse de destination directement auprès de l’autorité, par un canal indépendant.
- Confirmer précisément les actifs, les montants et les chaînes, y compris les jetons et les éventuelles récompenses accumulées.
- Envoyer une petite transaction test et obtenir de l’autorité confirmation de sa réception.
- Exécuter le transfert principal sous contrôle conjoint, si possible à partir d’un portefeuille séparé.
- Consigner les identifiants de transaction, les hauteurs de bloc, les montants et les frais, puis remettre à l’autorité une confirmation signée.
- Mettre à jour le compte client et conserver les dossiers avec l’ordonnance.
Coopération transfrontalière
Les affaires liées aux crypto-actifs sont presque toujours internationales, mais un PSAV ne doit pas répondre directement aux autorités étrangères, sauf si son propre droit le permet. La coopération passe par les canaux officiels : échanges entre CRF par l’intermédiaire du Groupe Egmont, canaux de coopération policière tels qu’INTERPOL et entraide judiciaire pour les preuves officielles et les confiscations (recommandations 37, 38 et 40 du GAFI). L’entraide judiciaire peut être lente ; les autorités demandent donc d’abord la conservation des données ou un gel urgent, et certains traités sur la cybercriminalité prévoient une conservation accélérée des données.
Un PSAV peut accélérer la coopération transfrontalière en publiant un point de contact pour les autorités chargées de l’application de la loi, en répondant rapidement aux demandes nationales, en veillant à ce que les dossiers soient facilement accessibles et en déposant des déclarations qui identifient clairement les contreparties étrangères afin que sa propre CRF puisse les transmettre.
Accompagnement des victimes et partenariats
Les victimes contactent souvent le PSAV qui a reçu leurs fonds. Le personnel doit les traiter avec attention sans leur promettre un recouvrement : recueillir les faits et les preuves de transaction, expliquer que l’entreprise ne peut pas communiquer d’informations sur un autre client et les inviter à signaler les faits à la police. Les victimes sont des cibles privilégiées des arnaques au recouvrement, dans lesquelles des fraudeurs se font passer pour des enquêteurs ou des avocats et proposent de récupérer les fonds contre paiement ; les avertir de ces arnaques relève des bonnes pratiques.
Les partenariats public-privé permettent aux autorités et aux entreprises d’échanger des informations plus rapidement que ne le permettent les demandes traitées au cas par cas, dans les limites du droit national. Certains se concentrent sur des affaires opérationnelles (vols en cours, réseaux particuliers), d’autres sur des typologies stratégiques. Les canaux d’alerte sectoriels entre plateformes d’échange après des piratages majeurs reposent sur le même principe. Le vol d’environ 1,46 milliard USD sur la plateforme d’échange Bybit en février 2025, attribué à des acteurs nord-coréens, en a illustré les deux aspects : des plateformes d’échange et des émetteurs ont gelé une partie des fonds, mais la plupart ont transité par des échanges, des ponts et des courtiers avant de pouvoir être arrêtés. La rapidité, la vérification des informations et des procédures prêtes à l’emploi déterminent les résultats.
Points clés pour l’examen : les principaux types de demandes (suivi par une CRF, communication de pièces, conservation, gel ou saisie, urgence, demande étrangère) et les étapes communes de traitement ; la vérification des demandes par des canaux indépendants, car il existe de fausses demandes ; les circonstances dans lesquelles un blocage volontaire est justifié et la manière de le maintenir proportionné et documenté ; les modifications apportées par le GAFI aux normes de recouvrement des actifs en octobre 2023 (pouvoir de suspendre des transactions, confiscation sans condamnation pénale préalable) ; ce que les gels des émetteurs de stablecoins peuvent ou ne peuvent pas faire et le rôle du PSAV ; le transfert contrôlé des actifs saisis avec une transaction test et la tenue de dossiers ; les raisons pour lesquelles les demandes étrangères doivent passer par les canaux officiels ; la protection des victimes, notamment contre les arnaques au recouvrement, et le rôle des partenariats public-privé.
Questions d’entraînement
Vérifiez votre compréhension. Ces questions ne comptent pas pour l’examen.
Connectez-vous pour enregistrer votre progression et reprendre là où vous vous êtes arrêté. C’est gratuit. Se connecter